
Avant d’avoir des enfants, on a souvent de grands principes qui prennent littéralement le large quand on devient parent… Entre celui qui refuse de mettre ses chaussures, celle qui négocie l’heure du coucher comme une représentante syndicale et le petit dernier qui vient dessiner sur le mur alors qu’on s’est absenté 2 minutes pour aller aux toilettes… Nos belles théories éducatives ont vite rencontré ce qu’on appelle… la VRAIE vie !
Pourtant, sans forcément nous en rendre compte, nous avons tous une manière d’être parent. Une façon de poser les limites, de réagir aux émotions, de gérer les conflits ou de laisser de l’autonomie. Les spécialistes parlent de « styles parentaux ». Et non, il ne s’agit pas de vous coller une étiquette sur le front. D’ailleurs, rares sont les parents qui entrent parfaitement dans une seule case. On peut être très cool pour les vêtements, beaucoup moins pour les devoirs, négocier le temps d’écran mais ne rien vouloir entendre lorsqu’il s’agit de traverser la rue.
Vous aimez que les choses soient claires. Les horaires sont les horaires, les règles ne sont pas là pour décorer et lorsqu’un « non » a été prononcé, il ne se transforme pas en « bon, d’accord » après dix-sept minutes de négociation.
Votre enfant sait généralement à quoi s’attendre. Le cadre est posé et vous considérez que certaines décisions appartiennent tout simplement aux adultes.
Vous avez probablement une tendance plutôt directive.
NB : Un cadre clair peut être rassurant pour un enfant. Là où l’on peut parfois lâcher un peu de lest, c’est dans l’explication. Dire pourquoi ne retire rien à l’autorité. Et écouter le désaccord ne signifie pas forcément changer la règle.
Chez vous, le « parce que c’est comme ça » a peu de chances de remporter la partie. Vous posez des limites, mais vous aimez expliquer, écouter, discuter. Votre enfant peut donner son avis et vous cherchez autant que possible à comprendre ce qui se cache derrière son comportement.
Il ne veut pas aller dormir ? Vous essayez de savoir pourquoi. Il explose parce qu’il doit quitter le parc ? Vous accueillez la frustration… tout en quittant quand même le parc.
Vous vous situez sans doute du côté du style démocratique, parfois aussi appelé participatif : du cadre, de l’écoute et une certaine place laissée à l’enfant.
NB : Expliquer, c’est précieux. Mais tout ne doit pas devenir un sommet diplomatique de l’ONU. Certaines décisions peuvent rester des décisions d’adultes, même lorsqu’un enfant n’en est pas ravi. Et c’est très bien comme ça.
Il veut aller à l’école avec deux chaussettes différentes ? Grand bien lui fasse. Manger son dessert avant son repas ? Pourquoi pas. Transformer le salon en parcours Ninja Warrior ? Tant que personne ne finit aux urgences…
Vous tenez davantage à la relation et à la liberté qu’aux règles pour les règles. Vous préférez accompagner que contrôler et êtes assez souple face aux petites transgressions du quotidien.
Votre style penche peut-être vers le permissif. Le mot fait parfois peur, alors qu’il recouvre aussi de jolies qualités : beaucoup d’affection, de disponibilité et une vraie place laissée à l’expression de l’enfant.
NB : Lâcher prise sur ce qui n’a finalement pas beaucoup d’importance peut faire un bien fou à toute la famille. Mais les enfants ont aussi besoin de rencontrer quelques murs solides. Pas pour les contrarier gratuitement : pour savoir jusqu’où ils peuvent aller… et se sentir suffisamment en sécurité pour explorer le reste.
Son sac ? Vous l’avez préparé. Son exposé ? Vous avez juste « un tout petit peu » corrigé la mise en page. Il grimpe trop haut ? Votre rythme cardiaque vient de doubler. Il a oublié son goûter ? Vous envisagez sérieusement un demi-tour alors que vous êtes déjà à quinze kilomètres.
Votre radar parental fonctionne en permanence. Vous anticipez les difficultés, les chutes, les oublis et les déceptions. Pas parce que vous pensez votre enfant incapable de s’en sortir, mais précisément parce que vous voudriez lui éviter ce qui fait mal.
Bienvenue dans la grande famille des parents protecteurs, voire parfois surprotecteurs.
NB : Protéger fait partie du job mais grandir consiste aussi à oublier son goûter, se tromper, perdre, recommencer et découvrir qu’on est capable de s’en sortir. Parfois, le plus difficile pour un parent n’est pas d’aider son enfant…. C’est de résister à l’envie de le faire.
Vous êtes plutôt du genre à regarder votre enfant grimper sur le module de jeux sans courir derrière lui les bras tendus. Vous encouragez l’autonomie, les expériences, les essais. Il veut faire seul ? Vous le laissez tenter. Même si cela prend trois fois plus de temps. Même si le résultat n’est pas parfait. Même si, intérieurement, vous savez que vous auriez fermé cette tirette en exactement quatre secondes.
Vous avez sans doute un côté autonomisant. Vous faites confiance à votre enfant et considérez que la confiance se construit aussi en lui permettant de faire, de choisir et parfois de se tromper.
NB : L’autonomie ne signifie pas « débrouille-toi ». Un enfant peut avoir besoin de liberté à certains moments et d’un adulte très présent à d’autres. Le secret est peut-être moins de savoir quand lâcher sa main que de rester suffisamment près pour qu’il sache où la retrouver.
Vous connaissez les horaires de l’école, du foot, du piano et du stage de néerlandais. Vous suivez les devoirs, encouragez les activités, repérez ses talents et essayez de lui donner les meilleures cartes possibles pour l’avenir.
Vous êtes impliqué. Très impliqué. Ce profil se rapproche du parent investi, parfois qualifié d’intensif lorsque les apprentissages et le développement de l’enfant occupent une place très importante dans la vie familiale. Et derrière tout cela, il y a généralement une intention assez simple : faire au mieux.
NB : Donner des opportunités, c’est formidable. Lui laisser parfois l’occasion de s’ennuyer aussi. Tous les moments de l’enfance n’ont pas besoin d’être utiles, éducatifs ou optimisés. Construire une cabane bancale avec trois coussins reste une activité parfaitement valable.
Probablement plusieurs.
Parce qu’on n’est pas exactement le même parent avec un enfant de trois ans qu’avec un ado de quinze. Parce que deux enfants d’une même famille peuvent avoir besoin de choses très différentes. Et parce qu’on peut être patient le samedi matin et nettement plus directif le mardi à 18h42, lorsqu’il faut encore faire les devoirs, préparer le souper et retrouver cette fichue gourde disparue depuis lundi.
Notre façon d’éduquer vient aussi de quelque part. De ce que nous avons reçu, de ce que nous avons aimé dans notre propre enfance… et parfois de ce que nous nous étions jurés de ne jamais reproduire. Les styles parentaux ne sont donc ni des diagnostics, ni des notes attribuées aux parents. Ils peuvent simplement servir de miroir et nous permettre de prendre le recul nécessaire pour observer ce que l’on fait naturellement. Et si, au passage, on peut déplacer légèrement le curseur pour s’améliorer (un peu plus de cadre ici, davantage de liberté là, une explication supplémentaire aujourd’hui ou, au contraire, accepter que, juste pour ce soir, « parce que c’est comme ça » suffira) ce n’est déjà pas si mal.
Après tout, être parent, ce n’est pas trouver LE bon style parental à suivre impérativement, comme la tendance éducative du moment. C’est faire de son mieux, ajuster, tester, parfois se tromper et recommencer autrement. Évidemment, toutes les façons d’éduquer ne se valent pas pour autant : humilier, rabaisser, menacer ou faire mal n’a jamais été un « style parental ». Pour tout le reste, on apprend aussi en chemin. Parce qu’au fond, personne ne reçoit le mode d’emploi à la maternité. D’ailleurs, ne dit-on pas « on ne naît pas parent… on le devient ! »
Marielle Botty – STRATAG’M






