
Un carré de chocolat qui fait du bien après une journée trop longue. Une odeur de tarte aux pommes qui ramène instantanément en enfance. Un repas trop copieux qui nous rend légèrement irritable… Depuis quelques années, une discipline fascinante s’intéresse à ce lien très intime entre ce que nous mangeons et ce que nous ressentons : la neurogastronomie.
On imagine souvent que le goût se passe uniquement sur la langue. En réalité, l’essentiel se joue… dans le cerveau.
Lorsque nous mangeons, plusieurs zones cérébrales s’activent: celles liées au plaisir, aux souvenirs, aux émotions. C’est pour cela qu’un plat peut nous toucher bien au-delà de son goût. Un plat dégusté en vacances peut nous ramener instantanément au soleil, comme un plat réconfortant peut nous ramener tout droit dans la cuisine de nos grands-parents. Autrement dit : nous ne mangeons pas seulement des aliments, nous mangeons aussi des souvenirs, des émotions et parfois même un peu de réconfort.
La neurogastronomie étudie précisément ces mécanismes: comment les odeurs, les textures, les couleurs et les saveurs influencent notre cerveau… et donc notre humeur.
Il y a quelques années encore, on parlait du cerveau comme du seul chef d’orchestre. Aujourd’hui, les chercheurs regardent aussi beaucoup… du côté de l’intestin, que l’on surnomme parfois notre deuxième cerveau. Pourquoi ce surnom? Parce qu’il produit une grande partie de certaines molécules liées à notre bien-être, notamment la sérotonine, souvent surnommée l’hormone de la bonne humeur.
Certains aliments contribuent à nourrir ce que l’on appelle le microbiote intestinal: les milliards de petites bactéries qui vivent dans notre système digestif et qui jouent un rôle essentiel dans notre équilibre général. Quand cet équilibre fonctionne bien, le corps et l’esprit ont tendance à suivre.
C’est un peu comme un jardin intérieur : quand il est bien entretenu, tout pousse mieux.
On ne va pas se mentir : il y a des aliments qui semblent avoir un petit pouvoir magique sur notre moral et ce n’est pas pour nous déplaire… Le chocolat en est probablement l’exemple le plus célèbre. Il contient notamment du magnésium et des composés qui stimulent la production de dopamine, la molécule associée au plaisir. Mais il n’est pas le seul.
Les poissons gras comme le saumon ou les sardines apportent des oméga-3, précieux pour le cerveau. Les fruits et légumes colorés regorgent d’antioxydants qui participent au bon fonctionnement du système nerveux.
Les aliments fermentés comme le yaourt ou le kéfir soutiennent quant à eux l’équilibre du microbiote. Les légumineuses et les céréales complètes fournissent des nutriments qui participent à la production de certaines molécules impliquées dans la régulation de l’humeur.
Il ne s’agit pas d’aliments miracles mais plutôt d’une belle équipe qui travaille discrètement en coulisses pour soutenir notre équilibre.
Bonne nouvelle! La neurogastronomie rappelle aussi une chose essentielle : le plaisir de manger compte énormément.
La présentation d’un plat, les couleurs, l’odeur qui s’échappe d’une cuisine, le fait de partager un repas… tout cela influence la manière dont notre cerveau perçoit la nourriture.
C’est pour cela qu’un simple repas peut devenir un moment précieux. Un même plat dégusté seul, debout dans la cuisine, ou partagé avec des amis autour d’une table animée ne produira pas les mêmes sensations.
Notre cerveau adore les expériences sensorielles complètes et les moments de convivialité. D’ailleurs, l’humeur tient autant au moment qu’à ce qu’il y a dans l’assiette.
Il nous est tous arrivé de manger différemment selon notre état d’esprit.
Une rupture peut nous pousser à vider le placard à la recherche d’aliments réconfortants (Aka Gougouilles). Une bonne nouvelle peut, quant à elle, donner envie de célébrer autour d’un repas plus recherché pour faire plaisir aux invités.
Cette alimentation émotionnelle n’est pas un défaut : elle fait partie de notre relation naturelle à la nourriture.
Depuis toujours, les repas accompagnent les moments importants de la vie. On fête une année de plus autour d’un gâteau, on se retrouve autour d’un repas en famille, on se réchauffe en hiver avec une soupe ou un chocolat chaud au coin du feu. Et en été, notre esprit plus léger nous mène volontiers vers de jolies salades estivales ou une glace artisanale dégustée en terrasse.
N’attendez pas ici une recette miracle pour être plus heureux. Disons plutôt que la neurogastronomie nous invite à regarder l’alimentation comme un levier parmi d’autres pour prendre soin de soi.
Prendre le temps de manger, varier les aliments, écouter les besoins de son corps… sans oublier la case plaisir ! Parce qu’aucun équilibre ne se construit dans la rigidité.
L’harmonie se trouve plutôt dans un dialogue entre le corps, le cerveau et les petits plaisirs du quotidien. Se poser pour manger, savourer chaque bouchée, prendre conscience de ce que l’on mange… ces gestes simples peuvent déjà changer beaucoup de choses. On libère un peu son esprit, on allège son estomac, et le corps s’en sent souvent plus léger, plus libre.
Bien sûr, l’alimentation ne résout pas tout (ce serait trop simple), mais elle peut sou- tenir notre concentration, notre équilibre et parfois même notre humeur! (Perso si je ne mange pas, je me transforme en Gremlins qu’on aurait trempé dans l’eau après minuit).
C’est peut-être là la plus jolie leçon de la neurogastronomie: nous rappeler que prendre soin de ce que nous mangeons, c’est aussi prendre soin de nous !
Et puis, entre nous… si un carré de chocolat peut aider le cerveau à voir la vie en rose, il serait franchement dommage de s’en priver !
Marielle Botty – STRATAG’M






