
© Florent Marot – Château Miranda © Urbex World
Il y a des lieux qui ne demandent rien, qu’on croyait perdus, effacés par le temps. Et puis un jour, quelqu’un pousse une porte branlante et découvre un endroit qui semble l’attendre. Entrer dans un endroit abandonné, c’est un peu comme ouvrir un livre poussiéreux sans savoir si une page manquante va soudain nous happer. Entre suspense et interdit… l’urbex jaillit !
Le mot vient d’urban exploration. Une défini- tion simple, presque trop simple, pour ce qui ressemble davantage à une rencontre. Le véritable « urbexeur » n’est pas un vandale ni un chasseur de sensations fortes. C’est avant tout un observateur, un promeneur silencieux qui s’invite dans un décor oublié : une usine qui ne fume plus, un château où les rires se sont tus, un escalier qui ne mène plus nulle part.
Ces endroits sont figés et pourtant vivants. La peinture y tombe en écailles comme des pages qui se détachent, la lumière se faufile autrement à travers les vitres cassées, la nature rentre sans frapper. Et si l’on écoute un peu, chaque mur raconte encore quelque chose.
La beauté de l’urbex est là: dans ce mélange d’abandon et de poésie, de ruines et de résilience.
Parce que notre quotidien est rempli de “trop”. Trop d’images polies et façonnées par l’IA, trop de bruits, trop de cadres parfaits.
L’urbex, c’est l’inverse. C’est brut, fragile, parfois poussiéreux, mais terriblement authentique. On y trouve une beauté qu’on ne peut pas mettre en scène : une chaise renversée, un vieux carrelage qui résiste, un rayon de soleil qui traverse une pièce effondrée.
Pour certains, c’est un frisson; pour d’autres, une parenthèse loin du bruit du monde. Pour beaucoup, une manière de se reconnecter à ce qui est réel, tangible, non filtré.
Et puis, il y a la photo. L’urbex est devenu un terrain d’expression extraordinaire: textures, lumières, symétries brisées, atmosphères cinématographiques… Chaque cliché devient une histoire.
Pas besoin de traverser la Belgique pour trouver des décors qui semblent figés dans le temps. La région regorge de lieux abandonnés dont l’âme n’a jamais totalement disparu.
• Le Château Miranda (Houyet)
Vestige gothique devenu légende après sa destruction, il reste l’un des lieux emblématiques de l’urbex en Belgique. Des générations de photographes y ont trouvé une source d’inspiration inépuisable.
• Une ancienne centrale électrique namuroise
Un colosse de béton abandonné dans l’urgence. Béton, métal, hauts volumes : un décor où l’on a l’impression d’entendre encore les machines.
• Un sanatorium oublié
Couloirs interminables, fenêtres éventrées, atmosphère presque suspendue. Un lieu où l’on se surprend à chuchoter, comme si tout dor- mait encore.
• Les petites ruines rurales de l’Ardenne Condruzienne
Vieilles fermes, étables ouvertes au vent, pierres rongées par le temps. Des endroits simples, mais chargés de vie passée.
• Des wagons abandonnés près de Jemelle
Patinés par le temps et alignés depuis des années, on se croirait dans un vieux film où les héros montent dans un train qui malheureusement… ne partira plus.
Si tu te demandes où se trouvent ces lieux, sache que l’urbex s’entoure toujours d’un certain secret : les adresses ne s’échangent pas, elles se devinent. Une manière de protéger ces sites fragiles qui tiennent encore debout.
L’urbex n’est pas un loisir comme les autres. En Belgique, la plupart des sites sont privés et donc interdits d’accès. Non pas pour frustrer les curieux, mais simplement parce que ces lieux sont fragiles, instables et souvent dangereux.
Les explorateurs responsables le savent : On ne casse rien, on n’emporte rien, on ne dégrade rien. On ne laisse que des photos. On n’emporte que des émotions.
Peut-être parce que l’urbex nous rappelle que même ce qui est oublié peut encore avoir une âme. Qu’il existe des choses qu’on croyait perdues et qui, dans la lumière d’une fenêtre cassée, reprennent un peu vie.
Les lieux abandonnés nous parlent de mémoire, de temps, de ce que nous laissons derrière nous. Ils montrent qu’il existe des endroits délaissés qui, paradoxalement, racontent encore plus de vie que certains lieux flambant neufs.
Un regard posé différemment sur ce qui nous entoure. Un regard qui accepte l’imperfection. Un regard qui redonne une âme à ce qu’on croyait perdu.
Et peut-être, quelque part, un regard qui nous rappelle que la beauté existe aussi dans ce qui ne brille plus.
S’il nous montre la poésie de l’abandon, il souligne aussi sa tristesse. La plus belle exploration, finalement, serait peut-être d’apprendre à redonner vie plutôt qu’à laisser s’éteindre.
Marielle Botty – STRATAG’M






