
Quelque chose a clairement glissé entre notre enfance et celle de nos enfants. Nous, à 9 ans, on collectionnait les autocollants Panini, on construisait des tours en Kapla et on mangeait nos Chocapic sans poser de questions existentielles. Aujourd’hui, nos enfants nous sortent des phrases dignes d’un épisode d’“Ados, mode d’emploi”.
Quand ils sont nés, on a eu droit au teaser pédiatrique du Terrible Two, du Fighting Four et du Fucking Five. On nous avait promis que « ça allait secouer ». Non mais sérieux ? Si ça, ça secoue… l’adolescence, c’est un niveau 7 sur l’échelle de Richter! Pourtant, aucun SMS d’avertissement, aucun panneau “Attention: zone de turbulences”. Alors qu’en vrai, on embarque pour une adolescence précoce qui dure parfois 10 ans… là où nos parents en avaient pour 6 (la veine !).
La transition se fait sans préavis et les signes sont plutôt clairs :
Tu demandes d’aller mettre un pyjama
→ “Non mais sérieux !?”
Ranger une veste
→ “Fleeeeemme.”
Mettre la table
→ “Pfff je dois tout faire dans cette maison ou quoi?” (Prononcé avec l’énergie d’un adulte épuisé qui travaille 60h/semaine).
C’est violent. C’est soudain. Et c’est universel ! Wesh, va falloir t’y faire… Chez certains, ça démarre même dès 7-8 ans.
Sous leurs airs d’ados naissants, ils passent d’un «je suis trop grand pour ça» à «il est où mon doudou» en un clin d’œil. Le fameux «c’est trop injuste» existe toujours, mais à présent il est suivi d’un claquement de porte et d’un « eh ben puisque c’est comme ça… » — avec tout l’aplomb d’un ado de 15 ans.
Comme le chantent Bigflo & Oli, il flotte un petit parfum de “c’était mieux avant”. Avant, leurs enjeux étaient simples: cache-cache, billes et petites chamailleries de cour de récré. Aujourd’hui, tu as une mini-crise existentielle entre deux chips et des yeux levés au ciel au moindre effort demandé.
Et nous? On navigue dans cette zone floue avec patience, humour et un petit soupir de temps en temps. Parce qu’au-delà des “wesh”, des “flemme” et des airs blasés, on voit encore briller l’enfance. La vraie. Celle qui n’a pas dis- paru, juste cachée derrière trois expressions « de grand » et un soupir théâtral.
Mais entre nous… ça fait partie du jeu. Un jour, ils comprendront à quel point c’était simple, avant.
Marielle Botty – STRATAG’M






