

Architecte d’intérieur… il paraît que c’est le nom de ma profession. En tout cas, c’est l’appellation inscrite sur mon diplôme, rangé depuis 2005. Depuis ce jour, j’exerce ce métier qui fait envier tant de personnes : créer des beaux espaces intérieurs et des ambiances. Mais plus j’apporte du bien-être aux gens à travers leurs espaces, plus je réalise qu’il est là, le réel besoin de chacun : se retrouver soi-même, et vivre bien, au cœur de sa maison.
Décorer une maison va bien plus loin que poser des beaux objets sur les meubles, choisir des finitions suivant la tendance, et recouvrir les murs de jolies teintes. La maison doit être le reflet de l’âme de son habitant.
Il n’est donc finalement pas question de « faire quelque chose de beau ». Le beau, c’est éphémère, subjectif. Le culte de la beauté vient de notre tendance à toujours devoir paraître. Il faut s’en détacher. Si on apporte de la sincérité, la beauté naitra naturellement. De nos jours, un véritable bel intérieur, est un intérieur sincère, qui permet à son habitant d’être lui-même.
Quand je rentre dans une maison, mon premier ressenti est toujours très fort. En une fraction de seconde, je comprends pourquoi je suis là. Je ne connais pas encore les clients, mais lorsqu’ils m’ouvrent leur porte, une énergie passe entre nous et ils dévoilent une partie de leur cœur, que j’écoute avec délicatesse et autant d’humilité que possible.
Souvent, ma présence indique un manque de cohérence entre le poumon que constitue la maison, et le cœur de la famille. Ce qui est récurrent dans les demandes des clients, est lié à nos modes de vie actuels : nous vivons tous à grande vitesse, et le stress nous envahit nous mange. Profiter de l’essentiel, et de moments pour soi est le souhait profond de chacun.
Il y a donc une grande tendance à vouloir épurer l’espace : pour libérer la contrainte liée au « devoir » des tâches (ranger, nettoyer, lessiver, etc.). Tout ce qui facilite le quotidien est bon à prendre pour gagner un peu de temps avec notre essentiel.
Je compare souvent la maison au ventre de la maman, et le moi, au fœtus dans ce milieu parfaitement merveilleux. C’est cette sensation-là, que la plupart des personnes recherchent, inconsciemment. Dans notre maison, nous devons pouvoir ressentir une presque impénétrabilité du monde extérieur.
Pour pouvoir retourner à cette sensation, la connexion avec nos 5 sens est primordiale. L’odeur d’une maison, la chaleur des matériaux et la qualité sonore sont aussi importants que l’aspect visuel. Une maison se perçoit dans son ensemble, avec tous ces critères confondus. Nous pouvons avoir le plus beau des intérieurs (et encore… c’est subjectif !) et les couleurs les plus chaleureuses sur les murs, si la maison est bruyante tant la résonance est forte, et que l’odeur est désagréable, nous n’aurons pas envie d’y rester, ou en tout cas, il y aura un malaise.
Le pilier sur lequel repose la réflexion créative est un savant mélange entre l’architecture, la nature et l’humain.
L’architecture du bâtiment, son histoire, son environnement et l’intention de son premier bâtisseur ont une grande importance dans le travail qu’apporte un architecte d’intérieur. Dans ma réflexion, j’accorde beaucoup d’importance à l’équilibre des choses, et à leur proportions. Si tout est équilibré, le bâtiment est déjà plus en adéquation avec lui-même et l’esprit peut se consacrer à autre chose.
La connexion avec l’environnement extérieur est essentiel. Nous sommes tous d’accord pour dire que pour se ressourcer, respirer de l’air frais est essentiel, autant que profiter des beautés que la nature nous offre, en voyage ou dans notre jardin. Les vues vers l’extérieur et la lumière sont donc essentielles, mais le choix des matières et des objets à l’intérieur aussi. Je privilégie les murs recouverts de chaux et d’argile. Pour les tissus, on les préfère vivants et naturels, issus de la culture biologique. Les fibres tissées à la main sont plus appréciables, et le bois est absolument indispensable. Tous ces éléments constituent le poumon de la maison, connectés à la nature directement. Le must est de chiner des objets venus d’horizons admirés par les occupants… les souvenirs de voyages sont d’ailleurs les plus appréciés des objets déco, révélant leur âme.
Donner à un intérieur un esprit calme, de bien-être, permet à l’esprit de se libérer. Le calme intérieur est une tendance du retour au source, nommée Slow Life…
PAR CAROLE GUYOT – SOHOO
Crédit photos : ©Carole Guyot