




Il y a déjà presque deux ans que le développement de la pandémie Covid-19 bouscule notre vie et notre économie. Avec sa panoplie de décisions urgentes pour contenir, combattre et vaincre l’effet dévastateur du virus, elle provoque (in)directement des chutes dans tous les secteurs économiques.
Confinement, couvre-feux, restrictions des voyages, fermeture des frontières en Europe, quarantaines obligatoires lors de déplacements internationaux… Face à de tels chamboulements, la façon de réagir des entreprises a dû être rapide, voire radicale.
Le secteur hôtelier est une des plus grandes victimes de la Covid-19. Les mégapoles se sont assoupies de leur dynamisme. New York, point de rencontre mondial du monde des affaires, de l’art, de la diplomatie et du tourisme, s’est effondré. Plus de 67 millions de visiteurs y étaient attendus en 2020. Seuls 23 millions sont venus. Une chute vertigineuse impactant indéniablement l’hôtellerie. Le New York Times publiait « Un nettoyage complet » en septembre 2020. Des hôtels iconiques ont définitivement fermé leurs portes, des milliers de pertes d’emplois en découlant.
L’hospitalité souffrira encore longtemps, car la baisse de la clientèle se constate au-delà des conséquences économiques directes. Le télétravail et la réduction des déplacements y étant liés sont devenus une norme, et rentrent dans la culture de toute entreprise. Beaucoup de rendez-vous nécessitant un voyage peuvent être transformés par une réunion virtuelle en ligne.
La prise de conscience de l’impact environnemental des séjours lointains à courte durée est une évidence, et en dissuadera plus d’un de faire un aller-retour Bruxelles-New York pour quelques jours. Le tourisme, quant à lui, ne devrait pas diminuer, mais la responsabilité climatique en modifiera ses choix.
Le secteur préfère revoir son positionnement que baisser les bras. Nous savons que le design et le lifestyle suscitent des créations qui s’adaptent à l’homme, et non l’inverse. La seule alternative à cette crise est donc de réinventer, dynamiser et repositionner toute l’industrie hôtelière. Il faut proposer moins de chambres mais davantage de surfaces dédiées à des activités éveillées, comme faire évoluer au sein de l’établissement le principe même de la restauration, les modes d’activité physique, les modes de détente et de ressourcement. L’ouverture à un public autre que résident, l’interaction sociale, l’accueil des familles. Le public sera différent, mais les activités proposées elles-mêmes doivent se réinventer.
Tout est à créer pour accueillir une clientèle de jour, de weekend, et les vacanciers. Mais le point le plus innovant est de provoquer une interaction réelle entre l’établissement et la ville. Donc un travail d’analyse en amont devra être intense et précis pour le concept de chaque établissement, afin de viser la meilleure synergie entre son implantation et le mode de vie qu’il doit susciter.
La restauration au sein de l’hôtel par exemple, pourra trouver des synergies avec les habitants de la ville et, pourquoi pas, devenir un endroit bien connu pour ses conférences d’artistes en mode « afterwork ». Les artistes et les jeunes entrepreneurs du quartier pourront y trouver leur atelier, et rencontrer par hasard ou non, un résidant de l’hôtel. Les salles de sport pourront être moins équipées, laissant place libre à des activités plus collectives accessibles aux habitants voisins. Pour certaines disciplines sportives, la demande est plus importante que l’offre en terme de cours et de lieux de cours, une perche à saisir…
Le commerce au sein d’un hôtel est une voie à exploiter, mais le choix du produit est primordial pour appuyer l’identité de l’établissement et le rendre encore plus attractif, plus fort. Dans tous les cas, le but est de créer de la vie et du mouvement dans tout l’établissement, à tout moment.
La vision de l’hôtel dans le futur est un lieu de convergence entre les clients locaux et les voyageurs.
D’une part, les locaux y trouveront leur intérêt pour le sport, la natation, le cinéma, le commerce, la restauration, l’espace de travail… donc toute une série de produits à consommer ponctuellement ou sous la forme d’un abonnement. D’autre part, les voyageurs rechercheront d’abord un logement dans un cadre différent, proche de celui d’une maison au sein de laquelle les pièces sont remplacées par les services : divertissements, rencontres professionnelles et ventes par exemple, seront des ingrédients supplémentaires parfaits.
L’hôtel deviendra un espace de vie multi-usages. Il allait déjà dans ce sens, mais les nouvelles synergies vont appuyer ce point de vue…
Le télétravail a pris une ampleur soudaine et un retour en arrière est impensable. La digitalisation des réunions est devenue normale, et finalement c’était prévisible, car avec un ordinateur portable et une connexion internet, on peut travailler partout dans le monde, à n’importe quelle heure. Mais le télétravail isole socialement, et n’a pas que des avantages… Un nouvel agencement des espaces permettra aussi à l’hôtel d’offrir des lieux de travail différents d’un bureau à la maison, avec des manières innovantes de concevoir la « réunion ». L’avènement des espaces de travail type NWOW (New World Of Work, acronyme désignant le nouveau monde du travail, selon Digital Wallonia) est présent depuis quelques années, mais est devenu d’un coup inévitable. Il s’invitera aussi dans la conception d’un hôtel. Le coworking est une piste, mais il faut aller plus loin. Les espaces communs de travail seront des lieux calmes, de concentration, où l’on partagera la même énergie de travail et le même silence. Des zones de rencontres et d’échanges, sont à prévoir afin de dynamiser son travail et faire des pauses.
On ne présente plus Philippe Starck, architecte, architecte d’intérieur et designer bien connu dans le monde entier. Selon Jonathan Wingfield, il « anticipe les phénomènes de convergence et de dématérialisation qui s’annoncent, Philippe Starck vise le cœur, souligne l’essentiel, extrait le minimum structurel de chaque objet, afin d’offrir les créations et les propositions les plus proches de l’Homme et de la Nature, les mieux adaptées à l’avenir ».
Ses hôtels reflètent un mode de pensée franc et juste, remettant toujours l’humain au centre. La vision de Philippe Starck pour le futur semble clairvoyante, en témoigne la conception des hôtels Mama Shelter qui a déjà bien enclenché ce mode de fonctionnement.
« La création ne peut être vaine ou gratuite » (Philippe Starck)
Avec l’hôtel Brach, inauguré en 2018 à Paris, il avait déjà cette vision. « Brach n’est pas un hôtel. C’est un lieu unique de vie et culture. (…) Brach est une expérience immersive et inspirante accessible aux clients et aux visiteurs de passage (…) ».
PAR CAROLE GUYOT – SOHOO STUDIO