
Pendant plusieurs saisons, la mode nous a soufflé de rester sages. Du beige, des lignes épurées, des silhouettes minimalistes et ce fameux quiet luxury qui avait fini par uniformiser un peu nos dressings. Cet automne-hiver, changement de ton. Sans basculer dans l’extravagance, la mode 2026-2027 retrouve de la personnalité. Les volumes se dessinent, les matières prennent du relief, les couleurs gagnent en profondeur et les accessoires redeviennent de vrais partis pris. On mélange davantage, on superpose, on oppose le féminin au masculin, le précieux au casual. Une saison faite moins de diktats que d’attitude.
Le chocolat n’a pas dit son dernier mot. Brun cacao, cognac, châtaigne, tabac ou camel continuent d’habiller la saison et remplacent presque le noir dans certaines armoires. Mais on ne s’arrête pas au marron.
Le bordeaux poursuit son ascension et devient presque un nouveau neutre. Le navy revient avec force, particulièrement élégant associé au brun, au gris ou au bordeaux. Les verts kaki, olive et forêt installent une palette plus organique.
La nouveauté se joue aussi du côté du prune, de l’aubergine et du violet, jusqu’aux versions franchement électriques. Quelques touches de rouge, de bleu intense ou de jaune viennent réveiller les silhouettes les plus sobres.
La bonne idée ? Ne plus forcément penser « une touche de couleur », mais travailler les camaïeux et les associations inattendues : chocolat + navy, bordeaux + gris, prune + camel, kaki + écru. Tout peut s’associer !
Après le règne du pantalon wide leg, une nouvelle silhouette s’installe : le barrel et son cousin, le pantalon ballon.
Reconnaissables à leurs jambes arrondies et leur volume plus généreux, ils redessinent complètement la silhouette. Le phénomène dépasse désormais largement les podiums : on les retrouve chez Mango, H&M, Arket, & Other Stories et dans le street style.
Le pantalon large ne disparaît pas pour autant. Il devient plus construit, avec davantage de tombé et de matière.
À l’autre extrême, le skinny tente également son retour. Mais oubliez le slim ultra-moulant des années 2010 : il se porte aujourd’hui avec un grand manteau, une veste structurée ou une pièce plus volumineuse.
La mode aime les contradictions. Et nous devons choisir notre camp ou pas…
C’est l’un des jeux de proportions les plus intéressants de la saison.
La veste courte revient équilibrer les pantalons plus généreux : petit blazer structuré, blouson en cuir, bomber revisité, veste en daim ou modèle légèrement cintré.
À l’inverse, le manteau prend de la longueur. Long, enveloppant, ceinturé ou volontairement oversize, il devient une véritable pièce maîtresse. On le choisit presque comme on choisirait une robe : pour sa coupe, son tombé et sa capacité à construire une silhouette à lui seul.
Le col cheminée et les cols hauts gagnent également du terrain, notamment sur les vestes et les manteaux. Une petite évolution qui change immédiatement l’allure.
Le costume reste, mais il perd son côté corporate. Le power dressing nouvelle génération mélange carrures masculines et détails féminins. Blazer avec jean barrel, pantalon de costume avec maille généreuse, veste structurée sur une pièce en dentelle…
Le tailleur ne se porte surtout plus obligatoirement en total look.
La chemise blanche revient elle aussi au centre du jeu, mais volontairement moins sage : ample, ouverte, superposée, rentrée à moitié ou associée à une pièce beaucoup plus mode.
C’est probablement l’une des tendances les plus faciles à adopter : reprendre les classiques que l’on possède déjà et changer simplement la façon de les porter.
Cet hiver, on aura envie de toucher les vêtements.
Daim, cuir, velours, grosse maille, laine, satin, dentelle, fausse fourrure et matières texturées donnent du relief à des silhouettes parfois très simples.
Le daim reste particulièrement fort. Cognac, chocolat ou bordeaux, il habille vestes, sacs et manteaux et apporte immédiatement une touche seventies sans tomber dans le total look rétro.
Le velours revient également, côtelé ou plus précieux.
Mais ce qui rend la saison intéressante, c’est surtout le mélange.
Une grosse maille avec une jupe satinée.
Un cuir avec une dentelle délicate.
Un pantalon en velours avec une chemise fluide.
Une robe féminine sous un grand manteau masculin.
Le contraste devient un geste de style.
Elle était autrefois réservée à la lingerie ou aux tenues du soir. Elle devient désormais un détail de styling.
Un caraco en dentelle sous un blazer. Une bordure qui dépasse d’une maille. Une blouse transparente portée sous une veste. Une jupe délicate associée à un gros pull ou à du cuir. La sensualité de 2026-2027 est beaucoup moins littérale. Elle suggère davantage qu’elle ne montre.
Et c’est justement cette confrontation entre fragilité et structure qui lui donne sa modernité.
La superposition devient presque un langage. Chemise sous une maille, tee-shirt sous une chemise, veste sous un manteau, col qui dépasse, dentelle visible, foulard posé sur les épaules…
Le layering permet surtout de donner une nouvelle vie à des pièces que l’on possède déjà.
Et c’est probablement là que la rue devient plus intéressante que le podium : le street style actuel ne cherche plus tellement le total look parfait. Il mélange.
Une pièce chic avec du denim.
Une jupe sophistiquée avec un tee-shirt.
Une veste masculine avec une pièce romantique.
On ne copie plus une silhouette : on la construit.
Après plusieurs années de discrétion, le détail reprend du pouvoir.
La broche revient sur les blazers, les manteaux et les mailles, parfois portée en accumulation. Les bijoux gagnent en volume. Les ceintures structurent les silhouettes. Les sacs retrouvent des formes plus affirmées et parfois un esprit vintage.
Côté chaussures, les ballerines restent présentes, les mocassins loafers continuent leur course et une nouvelle venue se glisse dans le vestiaire : la jazz shoe, cette chaussure plate et souple inspirée de l’univers de la danse.
Même les imprimés animaliers n’ont pas disparu. Plutôt qu’en total look, ils viennent réveiller un sac, une chaussure ou un foulard.
S’il fallait résumer la saison en quelques indispensables : un pantalon barrel ou ballon, un beau pantalon large, une veste courte, un blazer structuré, un manteau long, une grosse maille, une pièce en daim, une touche de dentelle, une jupe satinée et un accessoire qui ne passe pas inaperçu.
Côté couleurs, on retient chocolat, cognac, bordeaux, navy, kaki, prune et aubergine, sans oublier quelques couleurs beaucoup plus franches pour casser la monotonie de l’hiver.
Cest probablement le message le plus intéressant de cet Automne-Hiver 2026-2027.
Il n’existe plus vraiment une silhouette que tout le monde devrait reproduire.
Le barrel cohabite avec le skinny. Le masculin rencontre la dentelle. Le minimalisme s’autorise un accessoire spectaculaire. Le vintage se mélange au contemporain. Une pièce à petit prix peut rencontrer un très beau manteau que l’on gardera dix ans.
Après plusieurs saisons où l’on cherchait presque à ne pas trop se faire remarquer, la mode retrouve le plaisir de s’habiller.
Pas nécessairement plus. Pas nécessairement plus cher.
Simplement avec davantage de caractère.
Par DOA






